Le Burkina Faso de la politique fonctionne par cycle de thème. Après l’alternance, sujet déclaré non tabou, il y a eu l’article 37, sujet déclaré tabou.
Maintenant, l’arène vient d’être investie par le changement, sujet qui n’a pas encore été qualifié, mais le débat apparemment ne fait que commencer.
On le sait, la politique par essence est le lieu des petites phrases, du bon mot qui fait mouche et de la formule recherchée pour lui donner son petit, sinon gros effet. Diabré a ainsi choisi de faire du neuf avec du vieux en alliant progrès et changement.
Certes, il n’est pas facile dans le contexte burkinabè d’exister, selon la bonne vision des opposants.
Mais de faire autant de bruit, forum sur l’alternance, comité de réflexion sur la mise en pratique des actes du forum, pour accoucher d’un parti qui arpente les lieux communs, le non-événement est consommé dans toute son essence.
La méthode pour y aboutir, la communication qui allait avec, les personnalités ciblées et tout le reste, la grosse machine mise en route aboutit au final à un petit quelque chose qui n’emporte aucun enthousiasme.
On aurait dû voir un autre congrès au lieu de cette introduction lapidaire d’un communiqué tout aussi quelconque.
« Le 1er mars 2010, apprend-on, des délégués venus des quatre coins du Burkina (sic) se sont réunis à Ouagadougou, en assemblée générale constitutive… ».
Constat limpide
Cette assemblée générale aurait établi un constat d’une clarté absolue qui est « la soif de progrès et une forte aspiration au changement ».
Quand on disait que les lieux communs étaient revisités, on n’échappe pas à la banalité qui caractérise le jeu partisan au Faso.
On ressort de la lecture du texte consacrant l’Union pour le progrès et le changement (UPC) avec une impression que l’analyse manque de profondeur, que la perspective est pour le moins floue. Et ce qui n’est pas moins vrai, c’est qu’on peine à voir des personnalités d’envergure capables d’accompagner le futur présidentiable dans sa quête de changement.
On pourra toujours penser qu’il en a eu le courage, lui sorti des mamelles du CDP et la volonté de faire l’histoire.
Mais la question va toujours rester quant à cette entrée en scène qui n’est nullement à la hauteur de son rassemblement d’il y a sept mois de forum sur l’alternance.
Mais peut-être que cette attente sera comblée plus tard, lorsque la machine de conquête du pouvoir d’Etat va se déployer sur le terrain.
Analyse curieuse
Pour un début, en tout cas il faut l’espérer, d’autant qu’un des postulats énoncés laisse très perplexe. La fin des idéologies annoncées sans nuance et avec une certitude désarmante, au point qu’elle a occulté tout le reste.
De son développement mieux partagé au refus du radicalisme irresponsable, en passant par le positionnement dans l’opposition, les idées neuves ne pleuvent pas. Alors, forcément, on s’arrête sur la « définition de l’UPC, comme un parti en dehors des idéologies… car le monde actuel consacre la fin des idéologies et impose les solutions pragmatiques ».
En tout cas, si tel est le cas en vrai, il faut croire que la mondialisation actuelle, telle qu’elle nous est renvoyée à la figure n’obéit pas au libéralisme néo-conservateur, matérialisé par la crise économique et financière de laquelle, le monde n’arrive pas à s’extirper.
Toutes les mesures annoncées urbi et orbi par les seigneurs de cette planète terre sont demeurées dans les tiroirs. Effet d’annonce et poudre de perlimpinpin serait-on tenté d’observer. La fin des paradis fiscaux fut une mystification, le contrôle des flux financiers un leurre, le holà sur les délocalisations une vue de l’esprit, la régularisation de l’économie une publicité de bas étage.
On peut soutenir que la démocratie populaire a chuté, mais soutenir que celle libérale n’est pas plus que jamais triomphante, c’est faire preuve d’une myopie politique au mieux d’une candeur d’amateur politique.
Avoir une vision et une ambition, c’est résoudre les problèmes politiques, économiques et sociaux suivant des choix influencés forcément par une doctrine.
A moins que ces choix-là ne soient de bric et de broc, ce qui serait étonnant pour un économiste de sa trempe, il a fait sur ce point-la, preuve d’un manque certain de courage, si ce n’est tout court, en tout cas politique. De toute façon, la déclinaison de son programme politique n’en prend que plus de relief, lui qui pense pouvoir apporter le changement.
Mais qui sait si ce changement n’est tout simplement pas incarné par la fin des idéologies.
Souleymane KONE