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Journée de la femme

Les femmes sont-elles sorties de l’ornière ?

vendredi 5 mars 2010

Depuis pratiquement la décennie 1980 et ce jusqu’à nos jours, l’émancipation de la femme est plus que jamais dans l’œil du cyclone un peu partout dans le monde. Si dans certains pays maghrébins pour la plupart, la femme est toujours marginalisée et privée de certains droits élémentaires et fondamentaux, on peut tout de même retenir que la femme du XXe siècle tend plus vers l’émancipation que sa capacité congénère des siècles révolus jadis entretenue pour sa capacité de procréation et accessoirement pour ses aptitudes congénitales et légendaires à assurer les besoins de l’espèce masculine.



Au Burkina, des efforts sont quotidiennement déployés : « des alphabétisations en masse, la scolarisation massive des filles, l’attribution des bourses d’études exclusivement aux filles etc. ». Le souci permanent de nos autorités d’émanciper la femme les pousse parfois à des maladresses.

En exemple, le fait de n’attribuer la bourse qu’aux filles ressemble plus à un élan d’exclusion des garçons que d’émancipation des femmes ; le quota de 30% de femme sur les listes électorales imposé aux partis politiques est une discrimination à l’égard des hommes. Nous n’avons rien contre les femmes ; pour nous, il faut mettre tout le monde sur le même pied d’égalité.

Chacun « homme ou femme » doit accéder aux postes de responsabilité par la voie « du mérite ». Les efforts sont louables. Un ministère a même vu le jour pour promouvoir la femme, et tout un chacun, indépendamment du jugement qu’il a de l’expérience révolutionnaire, a encore gravé dans sa mémoire, les efforts combien louables et nobles du régime de l’époque dans ce sens. L’histoire retient d’ailleurs que c’est durant la période allant de 1983 à 1987 que la lutte pour l’émancipation de la femme a vraiment pris corps dans notre pays.

A cette époque on avait réussi à donner une âme à la femme. Elle était au centre des préoccupations de la Révolution démocratique et populaire (RDP). Elle était parvenue à amener les femmes à prendre en main leur destin, en leur enseignant que « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa propre révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort ».

Cela, les femmes l’ont compris et elles ont poursuivi la lutte avec moins d’enthousiasme peut-être mais elles l’ont poursuivie tout de même, tant et si bien qu’au jour d’aujourd’hui, il ne se passe pas 24 heures sans que l’on n’entende parler de femmes qui veulent s’émanciper. Mais tout cela porte-t-il vraiment fruit ?

Un recul permet de se rendre compte qu’aujourd’hui, la femme est moins soumise que jadis. L’impact des efforts fournis est tel que la femme contemporaine est aussi émancipée qu’un esclave américain du XVIe siècle.

C’est donc un coup d’épée dans l’eau. Les femmes ne sont pas encore sorties de l’ornière et l’horizon nous dit que ce n’est pas demain la veille du jour où les femmes seront émancipées. Les festivités, les manifestations multiformes, les discours et tout le reste ne sont pas arrivés à ôter à l’émancipation de la femme sa robe d’objectif à atteindre.

Cet état de fait a amené à demander si les moyens de lutte utilisés par les féministes de tout genre sont adéquats, si les efforts déployés sont appropriés et si ces efforts suffisent à eux seuls à faire de la femme un être émancipé.

A ces interrogations, je n’ai pas d’autres réponses que le constat que me permet de faire ma vie en société. Par contre ce que je peux dire avec certitude est que l’émancipation de la femme passe par l’abandon de certaines pratiques, chacun de nous les connait pour avoir été au moins une fois choqué par l’une d’elles.

Il s’agit de l’excision, des élections Miss, de la dépigmentation et de la dot. L’excision est une pratique qui ôte à la femme son seul organe érectile qui handicape la femme ; c’est un phénomène culturel, et la coercition, les incarcérations ont peu d’effets sur la pratique qui touche même au fondement de notre coutume. La dépigmentation, elle, n’est rien d’autre qu’une négation de soi.

Elle est la preuve de la fascination de nos sœurs pour les blanches. Déçues des cheveux artificiels qui n’arrivent pas à les confondre aux blanches, des filles sans aucun doute ignorant la porté sociale et sociologique de leur acte, ôtent à leur peau ce qu’elle a de plus cher : la mélanine.

En entretenant de telles pratiques, nous freinons l’émancipation de la femme en croyant de bonne foi la favoriser. L’excision aliène physiquement la femme. La dépigmentation l4avilit et lui enlève son authenticité. Les élections Miss la réduisent à un plaisir des yeux et font d’elle un outil de propagande, voire de promotion et la dot la transforme en came à acquérir.

C’est peut-être de la spéculation de notre part, mais les chances que nous ayons raison sont grandes. Tout élan d’émancipation de la femme devrait prendre en compte cet état de fait. Sinon vouloir émanciper la femme reviendrait à vouloir sécher la neige au four et la vendre.

Kibsa KARIM

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